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Les catgories de bouteille  la mer

Perdu.e.s de vue - Anciens élèves de Madame Masson

Réf: PV301052022

Publié le 01 Mai 2022 à 21h24 par unjeandeplus

Janine Masson, née Javilliers, enseigna le piano dans les années 1970/1980 (peut-être plus tôt car elle décéda en 1981 âgée d'environ 75 ans) à la Porte de Saint cloud, plus précisément au 26 avenue Dode de la Brunerie, à la limite de Boulogne Billancourt dans le 16è arrondissement de Paris, tout près du stade Pierre de Coubertin.
J'ai eu la chance de faire partie de ses élèves pendant presque 20 ans, à partir de ma 7è année en 1964 jusqu'à l'année de son décès.
Ancienne élève de Cortot, amie de la concertiste Jeanne Blancard, proche du futur Cardinal Lustiger, c'est - comme je le découvris tardivement - par l'intermédiaire de l'Abbé Maurice Zundel qu'elle rencontra son époux, le peintre Henri-Jacques Masson, de notoriété plus grande. Elle même se consacra exclusivement à l'enseignement, en s'appuyant formellement sur la Méthode Martenot, car la tuberculose contractée dans sa jeunesse l'avait laissée diminuée physiquement (ce que ne laissait jamais paraître son inépuisable énergie).
En complément des auditions de fin d'année au cours desquelles leur atelier d'artiste avait bien du mal à accueillir tant d'élèves accompagnés de leurs parents, elle faisait également travailler certains d'eux par petits groupes. Je ne me souviens du nom que de quelques uns des élèves qui en faisaient partie : Pierre Maison Blanche (futur médecin), Xavier Mars (qui commença le piano très tardivement mais dont la musicalité effaçait ses difficultés techniques), Cécile dont j'ai oublié le nom de famille.
En dehors des membres de ce petit groupe, je me souviens de quelques autres prénoms : Michel (cadre chez Air France), Emmanuel (l'un des enfants de la famille propriétaire de la pharmacie de la Porte de Saint Cloud à l'époque), dont le souvenir est resté marquant car il fut victime d'une chute de pierres en montagne qui le priva à la fois de la parole et de sa main droite, et que c'est en voyant les larmes couler de ses yeux à l'écoute il me semble d'une pièce de Jean-Sébastien Bach que ses parents auraient su pour la première fois après son accident qu'il était toujours conscient.
Et surtout Olivier, même si je le connus très peu, car pianiste incroyablement doué en lequel elle plaçait beaucoup d'espoir, il disparut dans les années 1968 et ne réapparut que très peu de temps avant le décès de son professeur, lors d'une ultime audition qu'il eut la charge d'organiser et d'animer, alors qu'elle se débattait contre une maladie encore inconnue (je sus plus tard qu'à travers une transfusion sanguine, elle fut l'une des toutes premières victimes du sida).
Elle fut pour moi, et j'en suis sûr pour nombre de ses élèves, bien plus qu'un professeur de piano. A travers son enseignement, c'est toute la profondeur d'une personnalité profondément aimante et spirituelle qu'elle transmettait, je ne sais trop comment car pendant les leçons, il n'était question que de musique.
Sa disparition a laissé un grand vide chez moi, vide affectif, vide musical (ce n'est qu'auprès de Gyorgy Sebok que j'ai retrouvé la même intensité), et vide spirituel. C'est sur ce dernier plan qu'elle me manqua le plus, car non seulement je cherchais la même musicalité, la même attention aimante (elle était pourtant d'apparence plutôt sévère, voire même autoritaire, dans son comportement, n'accordant que bien peu de crédit aux conventions des relations sociales), mais surtout la même intimité qu'elle suscitait et partageait à travers la musique.
La vie m'a conduit à chercher à retrouver ailleurs ses qualités qui m'avaient tant nourri. J'y suis plus ou moins parvenu, par des chemins souvent longs et parfois détournés, en m'éloignant par exemple (sur la forme) de sa tradition spirituelle, faute d'avoir eu la chance de rencontrer quelqu'un comme l'Abbé Maurice Zundel, mais en ayant eu celle de retrouver la même flamme dans d'autres traditions.
J'enseignai moi-même le piano pendant quelques années sur ses pas, tout en étudiant les mathématiques et la philosophie, avant de m'installer tardivement dans une carrière d'ingénieur dont je réalise à l'approche de la retraite combien elle fut aride malgré les réussites, et surtout portant bien peu de fruits.
Il y a chez moi un bien beau demi-queue sur lequel je continue de jouer, mais sans jamais parvenir à me resourcer comme c'était toujours le cas auprès d'elle. Ayant lu l'oeuvre de Maurice Zundel depuis, je m'interroge sur le lien qu'elle eut avec lui, car bien que m'étant écarté de la tradition chrétienne, j'ai cependant été frappé de manière unique dans ces lectures par leur proximité d'âme.
Je serais très reconnaissant si certains de ses proches ou élèves pouvaient me contacter, pour partager avec gratitude le souvenir de l'héritage précieux qu'elle leur a j'espère également transmis, découvrir ce qu'il est devenu chez chacun, et en apprendre davantage sur son chemin de vie.

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